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M e m o r iæ

M e m o r iæ

Le CLUB MEMOIRES du CDI du COLLEGE Jean de La Fontaine, à St Germain-des-Fossés. Connaître "autrefois" pour savoir qui l'on est et où l'on va. 1er Prix de l'Education citoyenne (2017) et "Témoignage de Reconnaissance d'Education citoyenne" (2018) de l'Ordre National du Mérite. 1er prix départemental et 2ème prix académique du Concours National de la Résistance et de la Déportation (2018).


Saint-Germain-des-Fossés, 1914-1950

Publié par Le cédéiste sur 2 Avril 2018, 15:31pm

Catégories : #L'Allier autrefois

L

e club Mémoires a eu le plaisir de recevoir au CDI, les vendredis 13 et 20 janvier 2017, entre 13h00 et 14h00, Madame Brigitte HERVE, Présidente des Amis du passé de St Germain-des-Fossés et co auteur avec Gérard Bertucat du livre sur l'histoire de la commune, "Saint-Germain-des-Fossés, histoire & patrimoine."

Madame Hervé a apporté un très beau livre de cartes postales afin de découvrir visuellement l’histoire de la ville, celui d’AUGUSTE Blanchet et de Didier Embrun, « Souvenirs en Vues et Cartes Postales de Saint-Germain-des-Fossés » et elle a très gentiment répondu aux nombreuses questions préparées par les élèves sur la ville de St Germain entre 1914 et 1945.

Club Mémoires : Madame Hervé, quelle étaient vos sources pour écrire votre livre sur St Germain-des-Fossés ?

Brigitte HERVE : Tout d’abord, nous sommes deux auteurs ; j’ai écrit ce livre  avec M. Bertucat, l’ancien maire de Saint-Germain-des-Fossés. Il avait amassé beaucoup de documentation et à mon départ à la retraite, il m’a sollicité pour l’aider à écrire cette histoire. Les archives que nous avons utilisées furent diverses : des journaux d’époque, des mémoires d’étudiants sur divers sujets, de nombreux ouvrages d’auteurs, l’Internet et puis les délibérations du conseil municipal consignées dans des registres…

Club Mémoires : Quels journaux lisait-on à l'époque ?

Brigitte HERVE : Aujourd’hui, il ne reste plus comme quotidien régional que La Montagne ; autrefois, il y avait aussi La Dépêche et la Tribune.

Club Mémoires : Avez-vous eu des difficultés pour écrire ?

Brigitte HERVE : Oui ! Il a fallu prendre connaissance du contenu des archives, les trier, faire des synthèses, se répartir les sujets…

Club Mémoires : D’où vient le nom de St Germain-des-Fossés ?

Brigitte HERVE : D’un évêque ! Saint Germain, depuis Auxerre, a évangélisé plusieurs territoires dont le nôtre. Les premiers seigneurs du château ont ensuite pris le nom de Saint Germain. Et comme le château était entouré de grands fossés, qui étaient les douves, dans lesquels coulaient l’Allier et le Mourgon, le lieu est devenu St Germain-des-Fossés. Saint-Germain a changé plusieurs fois de nom : au Moyen Age, ce fut St Germain de la Garde qui devient quelques temps,  à la Révolution, Puy Mourgon. La ville fut aussi chef lieu de Canton, ce qui explique des infrastructures développées : une gendarmerie, un collège, une perception (qui n’existe plus)…

Club Mémoires : Pourquoi vous intéressez-vous au passé ?  Est-ce important ?

Brigitte HERVE : Oui, c’est important ! Le passé, c’est la trace de notre histoire qui explique souvent pourquoi les choses aujourd’hui se passent ainsi.

Club Mémoires : Entre 1914 et 1945, St Germain est-elle une ville agricole ? Ouvrière ?

Brigitte HERVE : Saint-Germain-des-Fossés était une ville agricole, les gens vivaient dans de toutes petites fermes jusqu’à l’arrivée du chemin de fer à la fin du XIXème siècle. Les terres cultivées se situaient, pour la plupart, en allant sur Vichy, dans le quartier de Bourzat. Et figurez-vous qu’on y cultivait beaucoup de… vigne ! Quand le chemin de fer est arrivé, une mutation s’est opérée : il a embauché beaucoup de paysans (entre 1950-1960, on comptait 900 employés à la gare !). La population est alors devenue « cheminote.» St Germain n’est pas une ville ouvrière, il n’y avait pas de zone industrielle comme aujourd’hui.

 

Club Mémoires : En 1939 la ville a-t-elle changé par rapport à 1914 ?

Brigitte HERVE : Non, elle n’a pas beaucoup changé. Les plus gros changements géographiques ont été opérés avant la première guerre mondiale avec l’arrivée du chemin de fer : il a fallu percer des voies pour faire passer les trains, construire des ponts pour enjamber l’Allier, le Mourgon… C’est L’habitat qui a évolué lors de cette période : il a fallu loger les cheminots. Les constructions – les cités SNCF - se sont ainsi multipliées au Nord et à l’Est de la ville, en montant sur la route de Lapalisse. La rue Teinturière a alors beaucoup évolué. Les commerces se sont également développés. On comptait une cinquantaine de cafés (il n’en reste plus que cinq)  liés au développement ferroviaire mais aussi parce que Saint Germain-des-Fossés avait un port. L’Allier étant navigable, les bateaux venaient du Puy-de-Dôme chargés de bois, de pommes qui étaient très prisées à Paris. Les mariniers passaient la nuit dans les hôtels.

Club Mémoires : Que retenir de Saint-Germain-des-Fossés pendant la première Guerre Mondiale ?

Brigitte HERVE : Saint-Germain a vécu de loin la guerre, ce n’était pas une zone de combats. Par contre, beaucoup de paysans sont partis se battre, les campagnes ont donc été vidées de leur main d’œuvre. Les femmes ont pris la relève des hommes dans les fermes y compris pour les durs travaux. La gare a joué un rôle important : beaucoup de blessés arrivaient et étaient accueillis par la Croix Rouge américaine.

Club Mémoires : Comment vivaient les gens en 1939-1945 ?

Brigitte HERVE : Monsieur Roux vous a déjà parlé de la vie quotidienne. C’était une vie de…débrouille. Chacun avait son jardin, son poulailler. La question essentielle était de se nourrir. Certes, il y avait des épiceries mais on y allait peu car le rationnement était important : il fallait se rendre en mairie chercher des tickets qui permettaient d’avoir droit à certaines quantité de pain, de viande… Mon mari qui avait 6 ans en 1944 m’a montré une photo de lui (en bas de page) lorsqu’il était enfant : il portait un manteau en peau de lapin tannée que lui avait confectionné sa maman, de grandes chaussettes qui montaient jusqu’aux genoux, un short mi cuisse et des… sabots !

Club Mémoires : Il y avait-il des Allemands à St Germain-des-Fossés ?

Brigitte HERVE : En effet ! Ils logeaient au château, dans la mairie actuelle. Ils ne perturbaient pas trop la vie des gens, c’était des « vieux » chargés de l’intendance, du ravitaillement. Par exemple, Ils se rendaient au moulin Posque pour chercher de la farine.

Club Mémoires : Vous évoquez le château où ils logeaient…

Brigitte HERVE : Oui, ce château a été construit par monsieur Morot, un riche négociant en vin, rappelez-vous ce que je vous ai dit : il y avait de la vigne à St Germain-des-Fossés. On l’appelait la villa Morot ou domaine des Epigeards ou encore, la villa de Teinturière. En 1945, il a été racheté par la municipalité qui y a installé la mairie en 1948.

Club Mémoires : De quoi vit la population de St Germain entre 1914 et 1945 ?

Brigitte HERVE : C’était une époque sans chômage. La gare concentrait le travail même si certains œuvraient dans les moulins ou se rendaient à Vichy, en train, dans quelques usines. On utilisait aussi beaucoup le vélo pour se déplacer, les voitures étaient rares. Quant aux femmes, elles faisaient ce que l’on appelle, les saisons, d’avril à octobre : Vichy accueillant beaucoup de curistes, il fallait s’en occuper. Les femmes devenaient ainsi femmes de chambre dans les hôtels ou cuisinières….

Club Mémoires : Que retenir de St Germain-des-Fossés pendant la seconde Guerre Mondiale ?

Brigitte HERVE : Comme pendant la première guerre, il fallait apprendre à se débrouiller pour vivre. St Germain a été marquée par la Résistance qui était développée de par la présence de la gare. Ici, les Résistants ne faisaient pas sauter les voies car la gare avait son importance pour la Résistance : elle permettait des échanges de courriers, des arrivées de personnes… La famille Terret de St Germain est une illustre famille de la Résistance locale qui vivait au bord de la ligne de chemin de fer menant à Lyon : des Résistants sautaient du train pour se rendre dans la demeure des Terret.

Club Mémoires : Les maires faisaient-ils de la politique ?

Brigitte HERVE : la période de la guerre était une période compliquée quant aux idées que l’on pouvait émettre : il fallait faire attention à ce que l’on disait et à qui on le disait. En fonction des évènements, les maires influaient sur le nom des rues, des places qui ont beaucoup changé : la Place Jean Jaurès a été débaptisée pour devenir Place du Maréchal Pétain pour finir Place de la Libération à la fin de la guerre… Entre les deux guerres, les maires ont beaucoup changé : tous les deux ans. Je pense qu’ils essayaient surtout, au niveau local, de s’occuper des préoccupations de leurs administrés avant de faire de la politique. Même si l’on sait que M. Terret était communiste, que M. Jolivet était de droite…

Club Mémoires : Il y avait-il beaucoup de commerces entre 1914-1945 ? Des foires ?

Brigitte HERVE : Oui, il y avait beaucoup de commerces : des cafés, des hôtels, des commerces de bouche : boulangeries, charcuteries, boucheries, épiceries… mais aussi un tailleur, un sabotier. St Germain a même compté jusqu’à trois foires à la fin du XVIIIème siècle.qui avaient lieu sur la Place de la Libération (vers la salle Fernand Raynaud).

Club Mémoires : Quels sont les magasins les plus représentés ?

Brigitte HERVE : Les magasins de bouche : on compte trois boulangeries, des boucheries-charcuteries plus nombreuses qu’aujourd’hui : elles sont cinq. Les petites épiceries vendent le sucre, des œufs, la farine... La crèmerie vend le lait, la crème : les gens viennent avec des pots en métal chercher le lait qui leur est servi à la louche ; le beurre est découpé en petites mottes…

Il existe aussi des métiers qui vous sont inconnus : celui de ferblantier (en quelque sorte, le plombier). On se rend chez le tailleur pour acheter un certain métrage de tissus pour se faire confectionner un vêtement sur mesure. Les hôtels sont nombreux, on en compte deux vers la gare pour accueillir les voyageurs qui attendent de prendre leurs correspondances.

Club Mémoires : La ville était-elle dynamique ?

Brigitte HERVE : Non ! Rien à voir avec maintenant où St Germain connaît un très grand nombre d’associations. La vie culturelle n’était guère développée même s’il existait une Société Musicale et un peu de théâtre.

Club Mémoires : L’eau est présente à St Germain. La rivière Allier et le ruisseau, le Mourgon, ont-ils joué un rôle dans le développement de la ville ?

Brigitte HERVE : Entre les deux guerres, non. Par contre aux XVIIIe et XIXe siècles, l’Allier a joué un rôle économique important. Elle passait plus près qu’aujourd’hui du cœur de la ville : elle était au pied de l’église. Là, on trouvait un petit port mais surtout n’allez pas imaginer un port comme aujourd’hui. Cela n’avait rien à voir ! Ce n’était que quelques planches auxquelles accostaient des bateaux. Ce port à joué un rôle économique majeur jusqu’à l’arrivée du chemin de fer à la fin du XIXème siècle. Quant au Mourgon, il n’a guère joué de rôle si ce n’est par ses crues qui ont fait des dégâts (la dernière date de 1991et a entraîné la canalisation du cours d’eau).

Club Mémoires : Pourquoi l’église a-t-elle été déplacée ?

Brigitte HERVE : L’église d’origine est située vers le Prieuré, elle fut une église paroissiale jusqu’en 1936. Et puis, il fut décidé de construire une seconde église : la population de St Germain ayant triplé, depuis l’arrivée du chemin de fer, il fallait une église plus grande et plus proche des nouvelles habitations construites pour abriter les cheminots. Cette église n’appartient pas à la commune, elle est la propriété de l’Evêché c'est-à-dire des représentants de l’Eglise.

Club Mémoires : La gare fut importante dans l’histoire de la ville entre 1914 et 1945?

Brigitte HERVE : Tout  à fait ! Elle fut son poumon ! Elle assurait la prospérité de Saint-Germain-des-Fossés. La ville était un nœud ferroviaire : les lignes Paris-Lyon, paris-Clermont-Nîmes, Lyon-Bordeaux y passaient… A Saint-Germain, les trains s’arrêtaient, les voyageurs descendaient pour en changer et ainsi prendre leurs correspondances. St Germain était aussi une gare de triage des wagons de marchandises. A la gare, ce sont 900 personnes qui étaient employées. Aujourd’hui, notre ville n’est plus une ville « cheminote.»

Autour de la gare, avec les hôtels, il y avait de la vie... On déjeune et on dine à toute heure, on dispose d'une installation électrique, du téléphone 9, on pratique des tarifs spéciaux pour les voyageurs, les chambres sont confortables, on dispose de voitures à toute heure... quand on s'arrête à l'Hôtel de la gare "Grizzard et Sarrazin !" Joseph Sarrazin gère l'Hôtel en 1943 mais il a gardé l'enseigne "Grizzard et Sarrazin (1922)."

Club Mémoires : Entre les deux guerres, les loisirs existent-ils ?

Brigitte HERVE : Bien sûr ! Ils sont simples : on se promène, les hommes pêchent ou alors ils chassent, il y a également des matchs de football. Par contre, il n’y a pas de cinéma. Une société musicale existe, des concerts sont donnés.

Club Mémoires : Que font les gens quand ils ne travaillent pas ?

Brigitte HERVE : Ils s’occupaient de leurs jardins. Et puis, on se rencontrait beaucoup : sur la route de Lapalisse, dans la rue Pierre Semard, on sortait sa chaise sur le trottoir pour s’installer et discuter avec le voisin. Il y avait davantage de communication en ces temps-là. On participait aussi à des veillées, chez les uns, chez les autres, une fois par semaine pour jouer à la belote. Les enfants, près du poêle, par terre jouaient aux jeux de sociétés, aux jeux de dames, aux petits chevaux. Alors qu’il n’y avait pas d’argent, les gens étaient gais, la morosité rare : la population vivait simplement et aimait se rencontrer ; dans les campagnes, elle sentait moins le poids de l’emploi. On se rendait au bal dans des parquets-salons.

Club Mémoires : Travaillait-on beaucoup ?

Brigitte HERVE : Oui ! Les semaines étaient longues : 47h de travail hebdomadaire puis 45h /semaine dans les années 50. Quant aux congés payés, ils ne datent que de 1936.

Club Mémoires : Les écoles publiques et privées s’entendaient-elles bien?

Brigitte HERVE : Il n’y a pas eu de soucis dans la période qui vous intéresse, celle entre 1914 et 1945, puisque l’école privée de filles qui existait au prieuré a été fermée en 1909. Il existe, par contre, une école pour les garçons, une autre pour les filles : la mixité n’existe pas ! A partir de 1927, on trouve un collège dans les locaux de l’école des garçons, allée de Verdun. Ce collège aujourd’hui est devenu une maison des associations.

 

 

 

Mme Brigitte HERVE, Présidente des Amis du Passé de St Germain-des-Fossés, en compagnie d'un groupe d'élèves du club mémoires.
Mme Brigitte HERVE, Présidente des Amis du Passé de St Germain-des-Fossés, en compagnie d'un groupe d'élèves du club mémoires.
Mme Brigitte HERVE, Présidente des Amis du Passé de St Germain-des-Fossés, en compagnie d'un groupe d'élèves du club mémoires.

Mme Brigitte HERVE, Présidente des Amis du Passé de St Germain-des-Fossés, en compagnie d'un groupe d'élèves du club mémoires.

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